Fruits et légumes pour devenir vegan

Le véganisme: un mode de consommation inévitable

Les modes de consommation changent et les régimes alimentaires évoluent en même temps. Les adeptes de régimes particuliers suivent des tendances ou adaptent leurs habitudes en fonction des prises de conscience personnelles ou généralisées et des choix éthiques, philosophiques, religieux ou écologiques qui s’imposent à eux. Des nouvelles intolérances se déclarent, les allergies sont de plus en plus nombreuses et variées, engendrant un amalgame de préjugés et d’idées fausses de la part de ceux qui observent les personnes qui suivent des restrictions alimentaires jugées extrêmes ou parfois ridicules. Parmi ces personnes, il y a les vegan, qui poussent encore plus loin les exigences des végétariens. Certains les voient comme des extrémistes, d’autres soulignent leur prise de position courageuse, mais au fait, qui sont-ils ? Que revendiquent-ils ? Et comment font-ils pour vivre en parfait respect avec la nature et les animaux ?

Quelle est la différence entre végétarien, végétalien et vegan ?

Les végétariens choisissent pour des raisons éthiques, culturelles, religieuses ou médicales d’exclure la consommation de chair animale de leur régime. Les végétariens se nourrissent de légumes ou mais aussi de produits issus de l’exploitation animale, comme les œufs, le lait ou le miel, sans manger de viande. Les pesco-végétariens, quant à eux, sont comme les végétariens mais acceptent tout de même de manger du poisson. Ces « semi-végétariens » excluent, en général, seulement de manger de la viande comme du porc, du bœuf ou de la volaille. En réalité, les végétariens les plus courants dans notre monde occidental sont appelés ovo-lacto-végétariens.

Les végétaliens sont des végétariens qui ne choisissent pas uniquement de changer de régime pour des raisons alimentaires mais aussi pour des raisons du bien-être animal. C’est-à-dire qu’ils excluent non seulement la consommation de tout animal mais également tous les produits issus de leur exploitation, comme le lait, les œufs ou le miel. Il existe des formes de végétalisme encore plus restrictives, comme notamment le fruitarisme. Les adeptes du fruitarisme ne mangent que des fruits, dans le but de ne pas devoir détruire des plantes. Tout ce qui est courge, tomates et autres fruits peuvent être mangés puisqu’ils sont destinés à tomber et à pourrir si on ne les cueille pas. Par contre, la salade, les pommes de terres, les carottes sont des racines, des plantes, des légumes à part entière que l’on est obligé de « tuer » pour les consommer.

Finalement, vient le véganisme. Cette pratique est bien plus qu’un régime alimentaire puisque les vegan refusent de consommer ou d’acheter un quelconque produit qui a, à un moment donné dans sa chaîne de fabrication, requis l’utilisation ou l’exploitation d’un animal. Le vegan ne va donc manger aucune viande, œuf, lait, miel ni bonbons à base de gélatine. Comme il s’agit d’un mode de vie, les vegan s’interdisent de porter des vêtements en fourrure, cela va de soi, mais aussi en cuir. Mais ce n’est pas tout. Les vêtements en cachemire, en laine ou en soie sont aussi interdits. Les bijoux en nacre, avec des perles ou avec des plumes sont interdits. Les produits cosmétiques sont pour la plupart interdits puisqu’ils sont souvent fabriqués à base de cire, de graisses animales, de collagène ou de kératine.

L’histoire du véganisme

Le terme véganisme a été adopté dans le monde entier, bien que son orthographe soit toujours disputée dans sa version française. Certains puristes, notamment au Québec préfèrent l’appeler végétalisme intégral. Si le terme véganisme a été associé à cette pratique, c’est grâce à la Vegan Society, une fondation créée en 1944, qui a été la première à définir un mode de consommation sans exploitation animale. L’association décrit sa pratique, qu’elle a appelée véganisme, comme une « philosophie et un mode de vie qui tendent à exclure, autant qu’il est possible, toutes formes d’exploitation et de cruauté faites aux animaux afin de se nourrir, se vêtir ou dans n’importe quel autre but ».

Pendant longtemps, les activités de cette association restent confidentielles et un régime alimentaire tel que proposé par la Vegan Society semble irréaliste pour les nutritionnistes. Avec la trouvaille, puis l’avènement de la vitamine B12, suivre ce régime alimentaire devient possible, grâce à la prise de compléments alimentaires. Enfin, depuis qu’une certaine prise de conscience quant à la nécessité de trouver des alternatives à nos modes de consommation a fait son apparition, les préceptes de la Vegan Society ont été adoptés par des milliers de personnes dans le monde, sans pour autant être affiliés à la fondation.

Du véganisme à l’antispécisme

Le véganisme pose des questions éthiques et morales bien plus profondes et assumées que le simple choix d’adopter un autre mode alimentaire. C’est du bien-être animal dont il est question. Il est question d’empathie envers les animaux et de compassion. En réalité, il n’y a qu’un pas à franchir (et que franchissent la plupart des vegan) avant de devenir adepte de la théorie de l’antispécisme. De nombreux vegan préfèrent aujourd’hui être qualifiés d’antispécistes, trouvant que l’appellation vegan est devenue galvaudée, ultra médiatisée et souvent moquée ou critiquée. D’autant plus que le terme antispéciste fait directement référence aux raisons morales qui poussent les vegan à le devenir, à savoir, remettre en cause le rapport entre humains et animaux.

Le spécisme (terme ironique inventé par les antispécistes) désigne l’idée selon laquelle l’être humain se considère supérieur aux animaux. Selon les antispécistes, tous les non vegan seraient spécistes, puisqu’ils consomment impunément de la viande ou des produits qui ont fait l’objet d’une exploitation animale. Les antispécistes voient le spécisme comme le pendant du racisme, étant la manifestation d’une discrimination envers d’autres espèces.

L’antispécisme est actuellement difficile à concevoir dans une société occidentale principalement fondée sur un héritage judéo-chrétien. Dans d’autres sociétés fondées ou bercées par l’hindouisme, le bouddhisme ou le shivaïsme, il n’existe pas une telle différence de classe entre les hommes et les animaux. Les antispécistes reprochent à la religion catholique d’être anthropocentriste. Plusieurs passages de la Bible, et notamment les premières parties de la Genèse ont été interprétés de sorte que la condition inférieure des animaux soit mise en avant, notamment en justifiant l’idée que les animaux auraient été créés par Dieu pour servir l’homme. Rappelons que l’homme a carrément eu le privilège d’avoir été façonné à l’image de Dieu. Lors des premiers siècles de l’avènement du christianisme, de plus en plus de rapprochements sont faits entre la « bête » et le « mal », renforçant ce fossé entre les espèces.

De façon plus générale, certains remettent même en cause l’utilisation abusive du mot « animal » pour désigner les êtres vivants qui ne sont pas des hommes. D’un point de vue biologique, l’homme est un animal. C’est peut-être là, en commençant par faire une distinction entre les humains et les autres espèces, que germe le début du problème pour les antispécistes.

L’activisme végan

Les végan ont tendance à être mal perçus par la société, qui entend souvent parler de cette pratique lors d’actions médiatisées. Parfois considérés comme des extrémistes, voire même comme des terroristes, les vegan ne pratiquent pas uniquement leur philosophie de vie dans leur quotidien, mais veulent également dénoncer les pratiques qui ne respecteraient pas leur mode de vie. Pourquoi existe-t-il un tel activisme de la part des vegan ? En réalité, il est difficile pour un vegan de supporter la souffrance animale, ce qui le pousse à agir de façon parfois brutale, non sans cacher sa volonté de choquer. Comme souvent lorsqu’il s’agit d’activisme, c’est par la manifestation que s’expriment les adeptes qui sont révoltés par le manque de réaction ou de prise de conscience de la population.

Certaines associations, comme L214, militent en diffusant des vidéos filmées clandestinement dans des abattoirs, des élevages ou des fermes, dans le but de dénoncer la condition animale. Bien que ces images extrêmement violentes peuvent parfois irriter ceux qui n’y voient qu’une propagande destinée à ruiner un secteur tout entier, de nombreuses personnes finissent par adhérer ou être sensibilisées par cette cause. De nombreux vegan, activistes ou non, se rendent compte qu’aujourd’hui, si leur pratique gagne en popularité, c’est en partie grâce au travail militant de ces associations.

Comment devenir vegan

Beaucoup de gens qui ont été habitués à un régime alimentaire traditionnel ne sont pourtant pas des êtres humains sans morale qui n’ont que faire du bien-être animal. Mais il n’est pas simple de modifier son comportement alimentaire ou ses modes de consommation. Souvent pris par un accès de conscience et de culpabilité, c’est comme ça que l’on tente de devenir vegan. Comme le véganisme touche à un mode de consommation qui va bien au-delà d’un régime alimentaire, il est bon d’attaquer sur deux fronts en même temps. Le plus simple sera celui qui concerne le mode de vie. Il est le plus simple car les concessions qu’il requiert sont moins difficiles à faire. De plus, il existe de nombreux produits alternatifs qui aujourd’hui sont garantis 100% vegan, comme des cosmétiques ou des vêtements utilisant des ingrédients ou des textiles fabriqués sans exploitation animale. Le plus compliqué reste à savoir réellement si la fabrication de tel ou tel produit a nécessité l’utilisation d’un animal. Mais en se renseignant un peu et avec le temps, la liste des choses à proscrire devient assez claire.

Par contre, devenir vegan d’un point de vue alimentaire est peut-être plus compliqué parce que la nourriture va bien au-delà des goûts que l’on apprécie et des sensations gustatives. Notre cerveau nous donne l’impression que notre corps est en manque de viande ou de certains aliments. Il faut donc lui apprendre à réagir autrement. C’est pourquoi, la clé pour devenir vegan est d’y aller progressivement. Le parcours habituel est de devenir pesco-végétarien, puis végétarien, ensuite végétalien, avant de devenir végétalien intégral, soit végan.

Lorsque vous choisissez de devenir végétarien, vous allez découvrir un ensemble de produits ou de marques jusque-là inconnues, qui pourtant se trouvaient dans les rayons de votre supermarché. Il faut être accompagné ou lire des articles sur les produits alternatifs comme le tofu ou le seitan, sur toutes ces viandes végétales et leur apport nutritionnel. Des questions se posent concernant les carences alimentaires ou les régimes particuliers et la grossesse, par exemple. C’est toute une éducation qu’il faut se faire, changer ses habitudes et habituer son corps à d’autres aliments.

Une fois que vous avez pris l’habitude de ne plus manger ni viande ni poisson, pensez à enlever les œufs et le lait. Cette phase est plus compliquée qu’on ne le pense puisque ces deux ingrédients entrent dans la composition de nombreux produits industriels comme les gâteaux ou les biscuits. Intéressez-vous à la composition de tout ce que vous mangez et vous allez voir qu’il y a encore de nombreux produits que vous devrez vous interdire d’acheter si vous voulez devenir vegan. Certaines sauces utilisent des gélifiants d’origine animale, de même pour certaines confiseries. Il y a également de nombreux produits pharmaceutiques qui ont été testés sur des animaux, qu’il faudra apprendre à connaître et à éviter.

On ne devient donc pas vegan du jour au lendemain. Du moment où a lieu la prise de conscience jusqu’à l’adoption totale du mode vegan, il peut se passer plusieurs semaines, voire même plusieurs mois. Le but n’est pas non plus de se causer des problèmes de santé, c’est pourquoi il est préférable de bien se renseigner ou d’être accompagné par un nutritionniste spécialisé. La satisfaction de se sentir détaché du besoin de consommer, de posséder, d’utiliser certains produits ou biens de consommation est grande, une fois ce chemin parcouru. Néanmoins, les vegan sont souvent dépeints comme ultra sensibles, de par leur empathie et leur grand pouvoir de compassion qui s’est peu à peu imposé à eux, au fur et à mesure de leur prise de conscience et de leur cheminement vers un mode de vie respectueux des êtres vivants, peu importe leur espèce.